Farenheit 451.76

Farenheit 451, c’est cette histoire de Ray Bradbury dont François Truffaut fit un superbe film. En peu de mots, c’est l’histoire d’une dystopie, un conte sur un avenir sombre ou la lecture des livres est un crime, et les pompiers mettent le feu à ces objets. En réaction à ce climat politique, une forme de résistance s’organise par la mémorisation des livres.

Je trouve que c’est un beau titre pour ce petit texte. 451,76, c’est ma distance cumulée en février en course à pied. En 27 jours, j’en ai couru 22, ce qui me donne une moyenne de 20,5 km par jour. Pas fâché, vraiment…  Mon précédent record à ce titre était 438 km, en novembre dernier.

J’aurais aussi pu intituler ce texte: « N’abusons pas des bonnes choses ». Après tout, 451,76 km est pas mal du tout. Mais bon voilà; les signes de fatigue se sont pointés en début de semaine. Lesquels?

Ça commence toujours avec un élancement dans la cheville, et aussi un peu de chaleur aux tendons d’Achille. Mais surtout, il y a l’émergence de la petite voix, un peu geignarde, qui sort des profondeurs de mes souvenirs de mon Paris-Brest-Paris, qui dit : « Bon, quand est-ce que j’arrive là? »

La petite voix, je réussi à la faire taire avec une autre voix, un peu moins diplomate mais empreinte de bonté :  » On va faire ce qu’on a à faire et on verra après. »  Là, je me trouve pas pire pour contrer les mentalisations. Seulement 2 épisodes de cette petite voix et seulement au cour de la dernière semaine. Je dois dire que le sentiment d’accomplissement progressif y fait pour beaucoup; jamais je ne me suis senti aussi positif devant l’effort, mais aussi devant les obstacles.

Ceux qui empruntent les mêmes tracés que moi peuvent en témoigner. Par exemple, la piste cyclable que j’utilise entre le parc Jean Drapeau et le Vieux Montréal est parfois déneigée. Mais pas toujours! En fait, le déneigement, c’est souvent nous! Alors on joue au chasse-neige et creusons notre passage à force d’enjambées assez prononcées merci. Le trajet, de 3,5 km environ (commençant à 200 mètres de la station de métro Jean Drapeau et finissant là ou le tracé rejoint la rue Mill) devient particulièrement technique. Imaginez un moment que cette piste soit pleine de trous et que le fond de ces trous est toujours incliné, soit vers l’avant, soit vers l’arrière. Le fond est dur, et parfois, plus ou moins dur. La neige qui entoure ces traces de pas est plus ou moins dure elle aussi, et tend à s’effondrer seulement après qu’un certain pourcentage du poids de la jambe soit appliqué. Une fois le pied enfoncé, il peut s’enfoncer ou toucher le fond durement. Puis il faut le sortir, et ce faisant, on traine aussi de cette neige plus ou moins dure… Et en levant le genou pratiquement à hauteur de taille! Par ailleurs, cela était particulièrement difficile de maintenir la posture de course, et cela va sans dire, l’impact aux chevilles ne peut être ignoré.

Bien sûr, cela n’a pas été ainsi durant tout l’hiver; en ce moment, une portion d’environ 2km est sujette à ces conditions. Plus tôt cet hiver, c’était réellement la distance au complet. Par fois, la piste est dégagée pratiquement comme si on était en été.

On peut comprendre le niveau d’effort que cela exige. Mon objectif d’entraînement a été de maintenir ma fréquence cardiaque sous la barre de 155 battements par minute, au pis aller, sous la barre des 161, soit la limite haute de ma zone 2, à 80% de mon temps d’entraînement.  J’ai plus ou moins réussi à y arriver avec ces conditions malgré que j’en reste satisfait; sur ce même tronçon, mon meilleur temps a été réalisé le 17 février, alors que j’avais une charge de 7kg. Mon pire temps à vie, le 10 février, avec la même charge…

Tout ça pour dire qu’après autant de kilomètres dans ces conditions, j’ai pu exploiter des opportunités de résistance, d’endurance, et aussi, de travailler dans des conditions difficiles la pose du pied pour parfaire ma posture de course sur un terrain extrêmement technique, sans me blesser.

Mais surtout, sans geler. À part le bout du nez et une fois, le bout des doigts (alors que j’expérimentais ma capacité de récupération thermique après une exposition de 1 minute à -25 Celsius), pas d’engelures.

C’est pour ma petite histoire personnelle un mois de février absolument fantastique en terme d’accomplissement personnel.  Si je doute de jamais écrire mon auto-biographie un jour, ce mois sera sûrement un chapitre majeur dans mes souvenirs.

Ah. J’oubliais: un bon truc pour taire les petites voix négatives; avec le sentiment d’accomplissement personnel progressif, vient le rituel de la récompense…

451

 

Ma récompense favorite, c’est une bonne pinte (ou deux) de Stout Impériale de L’Amère À Boire, et un bon livre pour m’accompagner, si je suis seul à célébrer. Dans ce cas-ci: Running Ultras: To the edge of exhaustion, de Scott Ludwig.

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