Nous sommes des témoins

Il y a de cela quelques années, à la dernière page du magazine Bicycling, se trouvait le texte d’une lectrice. Elle racontait que toute sa vie d’adolescente et de jeune adulte avait été vouée à la compétition. Elle était rapide et efficace. Quelques podiums, même.

Puis, un ennui de santé qui fut plus tard diagnostiqué comme une sclérose en plaques bien certaine. Au moment ou elle écrivait ses lignes, relatant son histoire, elle avait terminé son propos avec quelque chose du genre:

« Les routes que je parcourais à grande vitesse sans me préoccuper du paysage qui m’entourait me sont aujourd’hui imposées à vitesse de contemplation. »

On pourrait faire l’éloge de la lenteur, mais sans aller jusqu’à la marche lente, le fait est que de courir change le point de vue. Ayant couru sur le pont Jacques Cartier tout l’été, j’ai vu des gens en voiture se rasant le crâne, se posant des faux-cils (oui! Vous la Madame avec la mercedes blanche!), ou en train de lire un roman ou un journal ou une bande dessinée.

Hors du pont, j’ai vu des gens pelletant leur entrée la cigarette au bec, le café dans le banc de neige. Parfois je croise des passants, qui courent ou marchent allègrement. Parfois j’ai droit à un sourire, d’autres fois à un « bonjour » convaincu. D’autres fois, je rencontre de ces gens qui semblent en orbite, à la suite de la Lune, cellulaire à la main, ayant perdu toute conscience de la réalité qui les entoure (incluant moi qui tente d’éviter leur déambulent brownien), investis dans une monde qui leur est propre et m’est tout étranger.

J’ai aussi vu des gens stationné sur le pont de la Concorde, vidant goulument ce qui semblait être une flasque d’un liquide brun doré, au sortir du Casino…

D’autres fois, je rencontre des gens me faisant un signe avec le pouce levé vers le haut: « qu’il vive », semblerait-on comprendre…  Comme si la course est une lutte de tous les instants contre les Dieux…

Souvent les gens me regardent passer, un peu en faux-fuyant mais rarement dans les yeux. En fait, ils semblent regarder soit mes pieds, soit à la hauteur de mon bassin, espérant deviner mon sexe, je suppose.

Tiens, le dernier témoin en date, ce matin, était un chat. Et il regardait mes chaussures, comme une vache regarde un train passer…

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