La Ricochante; la flèche qui zigzagua…

En termes de randonneurs de brevets mondiaux, une flèche est:  une randonnée ayant cours à Pâques, organisée par le Club Audax de Paris, ayant pour but de rallier Paris en provenance d’une vingtaine de communautés régionale et côtières de France. Dans ce dernier pays, au Québec, et ailleurs, une flèche est une randonnée d’au moins 360 km, d’une durée de 24 heures en équipes de 3 à 5 cyclistes, dont le trajet ne se recoupe pas (et qui ne vas pas à Paris pour ceux et celles de l’extérieur de la France). Hors de France, les flèches adviennent en mai.

J’ai quitté la maison pour parcourir les quelques 8 kilomètres me séparant de ma résidence et le point de départ, à la maison des cyclistes au parc Lafontaine. J’y ai rejoint les deux Martin (Martin D et Martin B), de même que Samuel et Philippe, ces derniers étant à leur première expérience d’une flèche (et aussi, d’une distance de plus de 100km cette année).

J’avais deux flèches à mon actif, déjà; la première en 2011, et la deuxième en 2013. La première fut épique, à cause de la chaleur et des nombreuses ascensions. La deuxième le fût aussi parce que nous avions roulé sur près de 150km en gravier mou, suivi d’ascensions. La dernière apparaissait plus facile.

Ô erreur!

Le « commun des mortels » ne pense que rarement à une longue randonnée ayant plus de 50km, soit 2 à 3 heures de route, et incluant quelques montées. Cette dernière flèche de 437 km comportait près de 1800 mètres d’ascension, plusieurs autour du lac Brome, incluant un tronçon de la redoutable piste d’entraînement de Lyne Bessette (aka « Ride à B7 ») qui est faite de terre et de gravier, avec comme dessert la Covey Hill, de nuit. Sur le coup, cela me semblait « intéressant », mais je me rends compte que mon offre de participer et contribuer à une flèche, en ce soir fort lointain de janvier (et quelques bières) allait me rendre la vie un peu difficile.

C’est donc armé de mon bagage (nourriture, coupe-vent, quelques outils et nécessités habituelles) et de mon vélo favori (le SilverCat, en 47 x 15) que j’ai joint l’expédition. Le temps promettait une belle température (entre 15 et 22 degrés, un peu de pluie et pratiquement pas de vent). Je ne voulais pas aller à une vitesse telle que ma fréquence cardiaque serait supérieure à 155, afin de respecter ma zone d’endurance de base, sauf pour les quelques côtes.

Voici le trajet planifié:

Flèche 2015 v2 originale

Et voici le trajet réel…

Flèche 2015 la vraiedevrai

Pourquoi cette différence (1, 2) ?

Je sais que Martin D avait déjà une bonne saison de vélo dans les jambes, mais pour les autres? Pour moi, surtout, c’était vraiment ambitieux que de participer, voire même prétentieux: cette flèche constituerait ma 11ième randonnée de 2015, sinon depuis novembre 2014…

11181734_470740886415496_8187071187646510039_n

Ci-dessus: Martin D, Philippe L, moi, Samuel et Martin B (selfie par Martin D)

Fou, dites-vous? Oh que OUI!. Je serais le seul en pignon fixe, forcé de pédaler constamment, sur le plat comme en descente, et surtout, bloqué à un seul rapport. Les autres auraient droit à un panoplie de rapports qui leur seraient utiles en montée, sur le plat, et en descente, mais surtout, avec une roue libre, leur permettant de dévaler les pentes sans bouger un orteil. Pas pour moi.

Mais les les choses ne sont jamais ce quelles semblent être, et probable que certains d’entres nous ont aussi eu l’impression que le plan était peut-être plus ambitieux que le potentiel réel des cyclistes. À suivre…

Alors nous sommes partis à l’heure pile (mon premier départ de brevet ou je ne suis pas en retard en 3 ou 4 ans), soit 8 heure. Nous devions être de retour 24 heures plus tard exactement.

Le premier point à rallier serait Saint-Césaire, à 60km environ plus loin. Ça va vite; pour eux. Je plafonne à 27km/h, et avec un vent de face, j’ai l’impression qu’ils se propulsent à 30-33. Je sais déjà que je ne pourrai pas les suivre à cette allure. Je suis confiant de pouvoir faire la distance, dans les temps, (probablement à tort), mais certainement pas pour m’épuiser en début de route. Je conçoit alors la possibilité de leur offrir de poursuivre sans moi; ils iront à leur vitesse, et qui sait, peut-être déclarerai-je forfait? Je n’ai pas besoin de cette flèche, sinon pour vérifier mon endurance générale. Je sais aussi que je représente un problème, puisque je roule en pignon fixe, et donc, potentiellement propre à ralentir le groupe. Me sacrifier serait raisonnable et honorable.

Arrivé à St-Césaire, j’ai demandé quel serait le plan de match, surtout que cela avait été annoncé comme une sortie relaxe. Tous sont d’accords que c’est déjà trop vite. Alors on repartira à vitesse moindre. Empruntant la piste cyclable, nous avons eu une première avarie qui aurait pu être grave; les deux Martin se sont accroché, l’un culbutant par-dessus son vélo devant moi alors que l’autre a échappé à l’accident en manœuvrant de main de maître son retour à l’équilibre. Martin B s’en est tiré avec une bonne éraflure, mais ses poignets ne furent pas épargnés, et cela devait s’avérer un facteur important dans nos décisions à venir. Je me rappelle encore comment j’ai du freiner des deux mains et des jambes pour ne pas passer sur son vélo. Nous avons tous mis la main à la chose pour rétablir la machine afin qu’elle continue sans encombres.

Nous avons rejoint Waterloo après une brève (?) pause à Granby, afin de dîner. Je me suis farci 2 petites salades (couscous et macaroni) et une barre chocolat caramel fondante sous la chaleur ambiante. À ce stade-ci, je n’ai bu que quelques gorgées d’eau de mes bidons; je me suis régalé d’un thé glacé, boisson que je ne prends jamais. Nous avons poursuivi sous un ciel couvert, mais par une température agréable. Déjà, nous avons modifié le trajet à quelques reprises, de façon mineure. Nous avons atteint la piste de la 100 à B7, et c’est là que les choses se sont compliquées davantage; 4 crevaisons (dont deux par moi).

IMG_7101IMG_7110IMG_7117

Ci-dessus: photo de moi. Ci-dessous: photo de Philippe L.

11140016_10153366642979048_6722707269020535863_n

Par contre, j’ai eu beaucoup de plaisir à rouler dans cette garnotte terreuse. Si j’ai dû faire deux montées à pieds (environ 250 mètres au total), parce que trop à pic, ou encore à cause de la terre meuble, passé ces montées, ça a roulé à vitesse grand « V » pour moi. Les descentes, les montées, etc, rien ne m’arrêtait; rouler en pignon fixe dans cette matière était formidable! Quand même eu une crevaison à l’avant et à l’arrière pour gâcher la fête. J’ai eu de l’aide de Martin B et Philippe aux deux crevaisons, alors qu’au même moment, 500 mètres plus bas, Martin D pansait la même blessure avec Sam. Nous avons du quitter la garnotte pour l’asphalte et avons pris la route vers Frelishburg,  espérant la tarte au sirop d’érable. Les montées furent assez épiques, mais je dois avouer que j’étais très fier de mes ascensions; malheureusement, mon Garmin s’est vidé de son énergie au meilleur moment, ce qui fait qu’il me manque environ 15 ou 16 km de données. Mon genou droit a commencé à donner des signes de fatigue, le cartilage semblant plus sensible peu après.

À Frelishburg, nous avons pris un bon repas dans un restaurant respectable, plutôt qu’à un dépanneur. J’ai pris une entrée de saumon fumé et des raviolis aux épinards et à la ricotta, le tout nageant dans une sauce tomate qui semblent maison. C’était une bonne décision. Par contre, le goût d’arrêter a percolé à ce moment. J’ai échappé à ces idées en pensant è autre chose.

Nous sommes repartis à la brunante, équipé pour la nuit à venir. J’ai rapidement constaté que j’avais commis une erreur importante; mon coupe-vent est à réfléchissement « zéro ». Autrement dit, je n’étais pas visible de loin. J’ai regretté de ne pas avoir vérifié cela avant de partir, car cela me mettait en danger ainsi que mes camarades. On apprends jamais assez de nos erreurs… Au moins étais-je bien équipé en éclairage.

La fraîcheur nocturne nous a lentement enveloppé, mais je me sentais drôlement bien. Je n’avais qu’un bib Assos, un maillot en laine mérinos et des chaussettes de la même matière, plus mon coupe-vent. J’étais très bien. Nous pédalions dans la nuit, tout en cherchant à modifier notre trajectoire au fur et à mesure de notre déplacement ponctués d’arrêts pour naviguer. Je me suis surpris à nous voir utiliser un sextant pour nous orienter, alors que les étoiles commençaient à perler à travers les nuages qui se clairssemaient.

Puis j’ai commencé à voir les signes de fatigue parmi nous. Moi-même, je commençait à avoir des difficultés de concentration; brèves, mais bien réelles. Par contre, je ne m’endormais pas vraiment, et je me sentait plein d’énergie, malgré les douleurs qui augmentaient graduellement.

IMG_7142

Randonneurs by night: de moi.

Nous avons eu quelques belles surprises toutefois en cours de route; découverte d’une piste cyclable (un peu comme une planche à laver par bout mais quand même, protégée du traffic!), puis d’une autre plus tard en nous rendant à Beauharnois. La fatigue commençait tout de même à nous peser, et nous nous sommes résolus à atterrir à un Tim Horton, pour faire le point. Soit que nous devions poursuivre sur la route planifiée, et nous taper un 105km, ou encore, nous pourrions poursuivre en passant par la réserve de Kahnawake avec 56km à faire. Cette dernière option nous est apparue la meilleure dans les circonstances, et avec raison. Déjà avions-nous évité la Covey Hill (pas sûr que nous aurions tous survécu), ce dernier 105km allait probablement nous rendre la vie difficile en nous forçant à pédaler beaucoup plus vite que nous en avions la capacité, et les chances d’échec étaient élevées, examiné en rétrospective.

Après nous être fourvoyé dans la réserve (pas capables de comprendre, personne parmi nous, que « cul-de-sac » veux vraiment dire « cul-de-sac » tant à Kahnawaké qu’ailleurs…) nous avons atteins Montréal et nous avons roulé à vitesse quasi contemplative. Nous avons mis pied à terre au Starbuck’s coin Mont-Royal et Brébeuf, et avons résolu de finir « ça » là. Nous nous sommes quittés peu après, et je repris la route vers la rive-sud, me tapant le pont debout, pompant furieusement les pédales comme s’il n’y aurait jamais de lendemain.

11295835_10153366646159048_2791405642678986845_n IMG_7158

Gauche: photo de Martin D. Droite: photo de moi

Ça m’a fait du bien.

Globalement, nous avons tous bien fait. Martin B est un survivant, à cause de ces poignets qui lui ont donné tout un défi à relever et particulièrement résilient. Martin D se confirme comme un athlète confirmé, sachant rouler, et vraiment bien rouler. Philippe et Sam s’en sont très bien tirés, à des degrés différents, mais j’espère que cela leur aura permis de contempler la possibilité de la refaire, cette flèche, mais sur un autre trajet.

Pour ma part, j’ai beaucoup de satisfaction face à ce que j’ai fait; le tonus était bon, mon endurance à point, quelques surprenantes relances en ascension (en 47 x 15, quand même!) peu avant Frelishburg et de bonne humeur pratiquement tout le long, jusqu’à ce qu’on arrive. Et là, les genoux me sont mis à me faire mal; la même douleur qu’au PBP 2011, alors qu’il ne me restait encore que 60 quelques kilomètres. Cette sensation d’avoir des couteaux dans les rotules… Ça m’étonne que j’ai été capable de grimper le pont si vite!! Donc, une bonne randonnée, une de mes meilleures.

Arrivé à la maison, je me suis rempli un sceau d’eau savonneuse et me suis lavé les jambes dehors, de même que le vélo et les chaussures. Il y avait quelque chose de très relaxant dans cet exercice. Puis, j’ai sauté dans la douche et me suis (lentement) précipité à l’esprit pour m’acheter des crêpes, des gaufres, de la confiture au bleuet et du fromage cheddar pour me faire un déjeuner savoureux. Je me couchai peu de temps après le déjeuner, laissant passer les derniers frissons musculaires qui me dardaient les cuisses et les genoux.

Je remercie mes 4 comparses pour une belle aventure, et surtout Martin D, pour son trajet de fou, qui vaut la peine d’être fait tel que planifié, mais avec plus de kilomètres d’entrainement dans les jambes. Un jour peut-être?

Pour en savoir plus:

https://home.theyellowshark.com/odometre/?p=8646

PS:

Masse du groupe vélo, équipement et cycliste: 195 livres, soit 20 livres pour le vélo, 150 pour le cycliste et environ 25 livres en équipement (incluant l’eau).

Perte de poids à la fin du parcours: 1 livre.

Dépense énergétique: autour de 9000 calories

Ascension: environ 1950 mètres

Puissance maximale estimée: 1078 watts (moyenne à 138)

Vitesse maximale: 51,3 km/h, avec une moyenne de 23,2

Cadence maximale:  140rpm, avec une moyenne de 63 rpm

Comsommé 2 barres Fruit2 et 4 Fruits3.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s