La chute

Tout allait bien, du moins dans mon imaginaire, et les données du réel le suggérait d’autant. Mon entrainement allait bien…

Je suis donc parti en pignon fixe avec 30 livres de stock sur un vélo de 20 livres et moi dessus, 150 livres à sec. Peu de budget; j’emmenais une partie de mes repas avec moi (des conserves de sardines). Je suis donc parti avec le SilverCat, le vélo né de ma chair (je l’ai fabriqué), et ai rallié Québec après 288km en 12 heures piles, incluant 1.5 heure d’arrêt. J’ose dire que c’est un record personnel. Mon copain Stijn m’a offert le gîte (si tu savais Stijn à quel point tu m’as aidé! Et ta petite famille: vous êtes formidables!!).

Le lendemain, je ralliais le camp Le Saisonnier pour la formation de course à pied .ca, afin d’être certifié. Durant mon séjour, j’ai rencontré des gens formidables, j’ai couru dans la piste de la Clinique du Coureur, je m’y suis perdu, j’ai grimpé etc. Formidable!

Le cour était super; de bons formateurs, de bons conférenciers, généreux, convaincus. Fait mon premier Léger-Boucher (VMA à 16.73 et FC Max à 192 YEAHHHH!!!). Mon argent a été bien investi!

5 jours plus tard, je quittais pour le Mont Ste-Anne pour le 50 km de la Québec MégaTrail. La randonnée de vélo pour se rendre avait de la côte en masse, assez pour m’inquiéter de mes capacités à faire la course le lendemain… Mais j’avais hâte! j’étais anxieux de bien faire! Le vendredi soir, il y avait la conférence de Joan Roch sur le commuting en course à pied. J’avais tellement à partager, mais je me suis tût; pas mon show. Et c’est correct comme ça.

Le lendemain, je quitte pour la course.

Le départ, fébrile comme d’habitude, se passe bien. Ça va drôlement bien. En fait, je sais que je vais légèrement trop vite. Mais le coeur va, les jambes vont, je me sens à la limite, mais ça grimpe drôlement bien… Je croise Julie Cloutier (sympa!) et quelques autres. On sent qu’il y a une communauté, une certaine camaraderie… J’aime! Je retrouve un peu le plaisir que j’éprouvais avec mes collègues randonneurs… Je pense que ce sera une belle course et que je vais bien faire.

La course du 50km est une boucle de 25km parcourue 2 fois, avec un total de 1800 mètres de dénivelé positif. Après avoir conquis le premier 800mètres (la piste est loin d’être aussi technique que la Trail du Mont Sutton), j’amorce la première grande descente. On est dans une zone de servitude d’Hydro-Québec, dons sous les lignes haute-tension. Ça descend bien et je ralenti le pas, suivant les conseils de Mylène (merci!!!), une collègue de la certification, afin de m’économiser pour le deuxième tour.

Je descend, puis un très court instant, un voile noir couvre mes yeux; je pense à autre chose… Je ne me rappelle pas de quoi, mais je sais que pendant une fraction de seconde, je suis ailleurs, dans ma tête.

S’il y a une chose que j’ai appris durant ma certification, c’est que j’ai une très bonne posture de course. Mon Garmin me confirme depuis plusieurs mois que mon oscillation verticale varie entre 7 et 8.5cm. Je ne bondis pas en courant; j’effleure le sol de mes pieds. Sur un trottoir, l’asphalte, piste cyclable ou sentier urbain, c’est extrêmement efficace. En trail, c’est de la folie. Et il faut rester attentif!

Au km14, mon pied gauche effleure une pièce surgissante. Le temps de sortir de ma torpeur, je m’effondre rapidement sur mon flanc droit (je suis en mode descente après tout). Groggy, un peu étourdi, je me relève tant bien que mal, avec la peau de l’épaule sérieusement amochée (j’ai une photo pour ceux qui le désirent) et le genou droit a vu sa rotule cogner une pierre. Mais ce n’est que plus tard que je me rendrai compte que mon flanc droit, a aussi écopé.

Relevé, j’ai poursuivi ma course, mais la douleur grandissante perçait la membrane d’adrénaline qui me rendait jusque là insensible. Arrivé au ravitaillement du km15, j’ai bu, pris une seconde pour faire une vérification rapide et me rendre compte qu’à ce stade, je pouvais encore m’élancer. Ce que j’entrepris.

Au km 20, les descentes sont plus techniques, et le choc de mes pas passant par mon diaphragme, rends chaque pas de plus en plus difficile et douloureux. Je me met à marcher et contemple la résignation à l’abandon. Des coureurs me croisent, s’informent de mon état. « Oui, ça va », « Non ça va pas et je vais abandonner » sont les commentaires laconiques qui sortaient, irréels, de ma bouche. Je ne pouvais pas croire que j’allais abandonner…

2 km avant de boucler le premier circuit, j’allais mieux, alors je me suis remis à courir. La douleur est revenue, croissante. Au ravitaillement du km25, j’ai demandé à consulter un secouriste. Après quelques questions et quelques tâtons, la question était:

« Semble rien y avoir de cassé. Ça dépend de tes objectifs! »

« Je cours pour le plaisir… Mais si c’est pour s’aggraver dans les dernier 15km de descentes… »

Je devais aussi penser au reste de mon plan: après la course, j’avais 3 heures pour rallier la gare du palais, et prendre le train de 17:45, 50km plus loin. Et si j’étais blessé ai point de ne pouvoir pédaler? Pire: Si mon état empirait en milieu de course, comment ferais-je pour me rendre à temps au train? Et je n’avais pas le budget pour me payer une chambre d’hotel…

J’ai donc abandonné. DNF comme dans « Did Not Finish ».

La petite histoire (la mienne, pas celle du Monde) dira que c’était une décision sage. J’en ferai une force pour me convaincre de faire mieux la prochaine fois.

J’ai donc pris ma douche à l’hôtel, puis suis reparti en vélo avec ma douleur au flanc et les 200livres à traîner. 210 avec les notes du cours de certification…

En route, roulant 30-35km/hr, j’ai croisé un nouveau retraité qui m’a guidé vers la gare, tout en me racontant les buissons visités en catimini avec ses conquêtes le long de la piste cyclable. Il avait peine à croire que j’étais blessé En fait, j’avais mal en forçant sur les pédales, mais une fois la vélocité de croisière atteinte, ça allait bien. Dans le train, j’ai lu des magazines d’escalades, et pris une bière. Les magazines d’escalade (Climbing, Rock&Ice, Alpinist; elles me détendent avec leurs paysages de verticales folles avec des humains qui rampent vers le haut…).

Arrivé à la gare, à 21:30, je me suis dirigé vers le pont Jacques-Cartier, pour apprendre que les vélo sont interdits en soirs de feux d’artifices, même à marcher à côté. Je me suis dépêché à aller au parc Jean Drapeau, espérant passer par l’écluse de St-Lambert. La traversée de la foule dans le Vieux Montréal fut épique… et ultra-lambine…  Arrivé au parc, je suis arrivé devant une piste clôturée, et du me résigner à me rendre à la sortie de l’Ile Ste-Hélène, pour attendre la fin des feux et le OK pour circuler.

À 23:30, j’ai atterri chez moi, me suis farci 3 doubles IPA, et 4 toasts au cheddar et vinaigre balsamique, et finalisé le crash dans mon lit. Ce fut douloureux pour mes côtes…

4 jours plus tard, j’appris que j’avais une côte cassée. Mais ce n’est qu’une semaine et demie plus tard, après avoir visité mon médecin, que je su que j’en avais deux de cassée, mais si subtilement, que je pouvais reprendre la course à pied, en évitant les sports de contacts.

Dieu merci, je suis célibataire….

PS: Avec les nouvelles d’aujourd’hui, alors que je pensais m’abstenir de faire la UTHC 65km en septembre, je pense revenir au plan original; je vais la faire! Mais je vais aussi me retaper un 50km avec 2000mètres de dénivelé, sans tomber. J’aurai ma vengeance!

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