Pause, ressuscite

« La vie est un processus rectiligne » – Pennac, La petite marchande de prose

Le destin, c’est ce qui s’en vient. Pourtant, le temps s’écoule comme un magma attiédi mais visqueux de ces agrégats d’événements aussi liés les uns aux autres que reconnaissables en eux-mêmes.  Un horizon continuellement en redéfinition, en achèvement perpétuel; Sysiphe, tout à la fois condamné et invaincu.

Un pas devant l’autre, semelles écrasées sous les tressaillements des muscles secoués des efforts à maintenir une efficacité qui se veut aussi gracieuse qu’économe, s’enchainent les déséquilibres vers le devant. Ce mariage entre la plante de mes pieds et ces routes empruntées quotidiennement fait sa marque; le minimalisme quasi-extrême métamorphose mon corps. Je m’attendri et m’affermi, alors que ma démarche est plus relâchée, détendue. J’évite les gravillons et autres cailloux, par des déhanchements aux sinuosités discrètes, tentant d’imiter l’eau du ruisseau chevauchant de bien plus gros écueils, me voyant un jour chevaucher vallons et montagnes. Il y a loin tout de même, de la coupe des cols et sommets, aux lèvres de l’accomplissement… Le lancé de mes orteils vers une étendue de petits écueils échappés au hasard sur ce ruban qu’est ma route projette un corps plus ou moins conscient, absorbé dans une torpeur qui n’est en rien d’innocente.

Je m’imagine naïvement « faire » mais reste très humble étant donné l’effort investi. Le coeur n’y est pas. Un peu comme le mille-patte s’interrogeant sur sa démarche, je suis pris au piège de mes réflexions, et profondément enfoui dans mes introspections, j’ai peut-être perdu cette lueur qui parfois me guidait, parfois peut-être, m’aveuglait. Le regard porté vers le passé me montre quelqu’un d’autre que moi, avec une verve et une énergie que je ne connais plus. Je ne sais trop si je suis sorti d’un rêve ou si j’erre au bord d’un cauchemar, un abîme qui me guette, une oubliette anonyme et peuplée d’innombrables oubliés. Je suis entre deux mondes, à demi-caché.

La pensée, véritable geôlier de l’homme?

C’est peut-être l’action qui nous identifie le mieux; le fleuve imagé pour un court instant apparait sans vie, malgré la richesse visuelle qu’il apporte. C’est son mouvement qui l’identifie. Il s’écoule et ainsi se définit-il; un mouvement continuel vers l’avant, une procession cantorienne de gouttes aussi différentes qu’identiques vers un puit qui reste inéluctablement mais néanmoins inaccessible.

Aux prises de l’entropie, le long cours d’eau trahi l’immobilité, rompt avec le statu quo et fuit l’emprise du silence, de l’inertie.

La vie, lorsqu’on s’y arrête, n’est qu’en apparence un processus rectiligne, un long fleuve tranquille.

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